La lutte contre le fascisme, Clara Zetkin, (textes d’abord publiés en français en 1923 et en 1980), M éditeur, 2026.
Cette recension est parue dans la revue À bâbord, no 109.
Militante socialiste opposée à la Grande Guerre aux côtés de Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht, Clara Zetkin est une figure majeure du féminisme international. En 1910, inspirée par l’initiative de féministes états-uniennes, elle fait adopter par l’Internationale des femmes socialistes l’institution d’une Journée internationale des droits des femmes,. Dans les années vingt, Zetkin est élue comme députée du parti communiste allemand et très active dans la IIIe Internationale. Elle devra se réfugier en Union soviétique à l’accession de Hitler au pouvoir en 1933.
La lutte contre le fascisme regroupe trois textes de Clara Zetkin : un rapport sur l’état mondial du fascisme en 1923, une résolution découlant de son rapport et adoptée par l’Internationale communiste, et enfin son discours antifasciste inaugurant la sixième législature du Reichstag, en août 1932. Comme le souligne dans la postface le collectif Montréal antifasciste, le phénomène fasciste en Europe, tel que décrit par la députée, présente à la fois une énorme disparité et certaines similitudes avec aujourd’hui. En 1923, en Allemagne, celui qui se fait appeler le Führer a déjà la capacité de mobiliser des centaines de ses émules pour mener des actions violentes en pleine rue. En Italie, le parti de Mussolini est aux portes du pouvoir et à la veille d’imposer au pays son implacable dictature.
Zetkin se penche en particulier sur l’exemple italien pour fonder sa réflexion. Certains voient alors dans le fascisme une réaction de la bourgeoise au succès de la révolution russe et à la force des mouvements sociaux européens. La militante identifie au contraire comme une des racines du fascisme les illusions réformistes ayant empêché la réalisation de la révolution socialiste, notamment en Allemagne. Une autre racine importante du fascisme selon elle réside dans « la décomposition de l’économie capitaliste et de l’État bourgeois » (p. 22). Autrement dit, là où les réformistes croient invincible le système et inévitables ses accès dictatoriaux et racistes, les communistes voient dans le fascisme une manifestation de faiblesse du capitalisme et concluent à la nécessité d’un front uni antifasciste et anticapitaliste. Zetkin met en garde, par ailleurs, contre l’erreur qui consisterait à juger gagnés à l’idéologie fasciste les segments de population en accord avec le projet nazi. Une grande part de l’appui populaire est conjoncturel, lié à la dégradation des conditions de vie et aux promesses bien ciblées du programme fasciste. Entre autres, Mussolini avait promis le droit de vote et l’éligibilité aux femmes. Engagement qui fut totalement renié dans les faits.
Le courageux discours de Clara Zetkin devant l’assemblée législative allemande en 1932 n’aura pas empêché les nazis de s’emparer du pouvoir l’année suivante. Néanmoins, l’attitude et les observations de la femme politique méritent d’être prises en compte dans le travail de définition d’une stratégie de riposte, face au néofascisme en développement aujourd’hui.