11 brefs essais pour la justice climatique, Sous la direction de Zoyanne Côté et Sandrine Giérula, Somme toute, 2024.
Cette recension est parue dans la revue À bâbord, no 108.
Une parole militante inspirée, souvent radicale, toujours intense. Une diversité de textes, carburant tous à l’urgence d’agir contre les causes profondes de la crise climatique.
Les onze essais sont signés par Zoyanne Côté et Sandrine Giérula, Gabrielle Izaguirré-Falardeau, Laura Doyle Péan, Mara Gabriela Puentes-Benitez, Liliane Urgence, Maïtée Labrecque-Saganash, caro st-lou, Shi Tao Zhang, Lourdenie Jean, Michèle Lavoie, et Lylou Sehili. Les activistes du collectif veulent inciter la population à les rejoindre dans leur combat contre les « différentes oppressions et les diverses violences qui découlent de notre système colonialiste et extractiviste ». Partageant une même révolte face à l’indigence des actions posées par les gouvernements pour juguler la crise climatique, les signataires des essais s’entendent sur « l’intersection entre les oppressions liées à la diversité de genre et la crise climatique ». Leurs textes respectifs expriment des visions de l’action militante correspondant à des sensibilités et des expériences toutes personnelles.
Le livre s’ouvre de belle façon avec une préface de Martine Delvaux et Éléonore Delvaux-Beaudoin, où elles font appel à leurs rêves pour dire que le précipice vers lequel se dirige aujourd’hui le monde peut susciter à la fois la peur et la détermination. « Toutes les nuits, nos rêves insistent : si c’est bien la fin du monde, préparez-vous à lutter ». Les directrices de la publication, Zoyanne Côté et Sandrine Giérula, abordent dans leur texte plusieurs des thèmes récurrents dans l’ouvrage. Elles mettent en lumière le lien entre les dérèglements du climat et les tares d’un système entretenant le chacun pour soi, le déni des droits des Autochtones, la surconsommation et la destruction des habitats. « Le capitalisme mène un combat contre l’existence. […] Nous avons toute la légitimité de refuser de nourrir cette machine qui nous saccage. Nous sommes le vivant qui se défend ».
Voilà un positionnement qui paraît faire consensus au sein du collectif : le capitalisme est un système violent et se défendre implique une action révolutionnaire. La résistance peut prendre la forme d’occupations, de blocages, de sabotages. Une certaine violence est l’expression d’un sentiment où se conjuguent la rage et l’amour. Rage contre la vilenie d’un système et amour de la vie au sens le plus large.
Les textes du recueil semblent prendre pour acquis la connaissance du concept de justice climatique. Notamment, l’expression ne figure pas dans le lexique fourni à la fin du livre. Une définition plus articulée du concept, incluant un regard sur son origine, aurait ajouté à la pertinence de l’ouvrage. Certaines idées émises dans ces brefs essais pourront être jugées extrêmes. Or, elles ne seraient plus extrêmes si elles étaient épousées par la majorité.